L’équitation mobilise l’équilibre, la posture et le moral en une seule activité, d’où l’intérêt des chercheurs pour les cavaliers de plus de 65 ans. Les travaux disponibles, souvent menés sur de petits groupes, convergent : monter à cheval, même au pas, entretient le corps et rapproche les personnes. Reste à comprendre comment, et dans quelles conditions.
Comment le cheval travaille-t-il l’équilibre et la mobilité ?
Au pas, le dos du cheval imprime au bassin du cavalier un balancement régulier, dans les trois dimensions. Sans y penser, le cavalier compense : les muscles du ventre, du dos et du pourtour du bassin se contractent par petites touches pour garder le buste droit. C’est un entraînement discret, loin de la salle de sport. Un premier cours y prépare pourtant : vocabulaire, tenue, déroulement d’une séance… tout cela se découvre sur horserizon, média consacré à l’univers du cheval.

Les mesures vont dans le sens de cette intuition. En 2013, le Journal of Physical Therapy Science a publié une étude sur 32 personnes âgées hospitalisées en gériatrie : après huit semaines sur un simulateur d’équitation, leur distance d’atteinte fonctionnelle et leur temps au test Timed Up & Go s’étaient davantage améliorés que dans le groupe qui travaillait avec un ballon. Plus près du vrai cheval, des chercheurs de la Dominican University ont suivi des adultes de 65 ans et plus pendant dix séances d’équitation thérapeutique, encadrées par un instructeur certifié. Les scores d’équilibre, comme la perception de leur santé globale, ont progressé de façon significative. L’échantillon restait petit.
Une équipe coréenne a comparé, en 2013, trente femmes âgées fragiles réparties entre l’équitation et un exercice de step aérobique. Au test de marche chronométrée comme à la mesure du balancement en position debout, le groupe des cavalières l’a emporté avec une différence significative. Les auteurs y voient une piste sérieuse pour prévenir les chutes, première cause d’inquiétude après 65 ans.
Le moral et la vie sociale en profitent-ils aussi ?
Oui, et c’est parfois le plus frappant. Au CHU de Nîmes, des patients âgés hospitalisés pour dépression se rendent chaque mardi au domaine équestre de Maruejols pour des séances d’équithérapie. Au retour dans le service, ceux qui ont partagé ces séances pendant deux ou trois semaines nouent des liens, conversent davantage et s’installent côte à côte au moment des repas, ce qui peut favoriser leur prise. D’après le compte rendu publié par la revue Santé mentale en 2017, c’est aussi le seul moment où ces patients cessent d’être perçus comme des malades.

Une revue de la littérature parue en 2023 élargit le constat. Chez les personnes âgées, les activités assistées par le cheval s’associent à une meilleure stabilité psychologique, à davantage de stimulation sociale, à de la détente et à l’évocation de souvenirs positifs. Chez les personnes arthrosiques, l’intensité et la fréquence des douleurs diminuent, tandis que l’amplitude des mouvements augmente. Ces résultats concernent des séances thérapeutiques, pas une simple balade.
Le même travail de synthèse relève aussi, chez les personnes touchées par la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson, une amélioration des facteurs qui annoncent le risque de chute. La mémoire pourrait en profiter, elle aussi, mais la prudence s’impose : les données restent peu nombreuses.
Comment se lancer sans prendre de risques ?
Les preuves restent modestes. Un essai pilote paru dans le Journal of Applied Gerontology, sur dix semaines, avec neuf cavaliers et six témoins, n’a pas atteint la significativité statistique : les deux groupes se sont améliorés, ceux qui montaient comme ceux qui ne montaient pas. Aucun incident n’a toutefois été signalé, et les auteurs jugent la formule sûre sous supervision. Pris ensemble, ces essais invitent à la prudence plutôt qu’à l’enthousiasme.

Concrètement, mieux vaut commencer par un avis médical, surtout en cas d’ostéoporose, de troubles cardiaques ou de chutes récentes. Choisissez ensuite un club où un moniteur diplômé accompagne la séance, où les chevaux sont calmes et où un montoir facilite la mise en selle. Une première séance d’essai, brève, permet de tester ses sensations avant de s’engager.

